Les cyanobactéries, habitants du bassin versant ?

Vous avez sans aucun doute observé l’été 2018 que nos rivières avaient changé de couleur ?! En cause, des algues bleues appelées aussi cyanobactéries qui se sont développées de manière explosive de juin à octobre tout particulièrement sur la Moine et la Sèvre Nantaise de Clisson jusqu’à la Loire. Que sont les cyanobactéries ? D'où viennent-elles ? Pourquoi prolifèrent-elles parfois ? Sont-elles dangereuses ? Ici presque toutes les réponses à vos questions sur ce sujet...

Eté 2020 : accédez au suivi visuel et au suivi de la qualité

Les cyanobactéries : qu'est-ce que c'est ?

Efflorescence de cyanobactéries
Efflorescence de cyanobactéries

Ce sont des bactéries, organismes microscopiques capables de réaliser une photosynthèse à partir de la lumière. Elles sont connues sous le nom d'algues bleues ou cyanophytes, en raison des pigments cyan (bleu-vert) qu'elles contiennent.

Ce sont des organismes très anciens, apparus il y a plus de 3 milliards d’années, qui ont su s'adapter à des milieux aquatiques très variés. Elles sont donc naturellement présentes dans tous les milieux aquatiques. Attention à ne pas les confondre avec les lentilles d’eau ou encore avec les algues vertes filamenteuses.

Pourquoi apparaissent-elles ?

Développement de cyanobactéries sur la Moine en août 2018
Développement de cyanobactéries sur la Moine en août 2018

Les cyanobactéries ont besoin de peu d’éléments pour croître :

  • Eau
  • Gaz carbonique (CO2)
  • Nutriments (azote et phosphore)
  • Lumière
  • Température

Cependant, elles préfèrent les eaux assez chaudes avec de faibles turbulences, soient des eaux plutôt stagnantes. C’est pourquoi elles se développent davantage en été-automne.

Sur le bassin de la Sèvre Nantaise, plusieurs facteurs associés les uns aux autres peuvent apporter des conditions « favorables » au développement de blooms (= efflorescences de cyanobactéries) en période estivale :

  • l'excès de nutriments (surtout le phosphore) dans les cours d’eau dont certains sont accumulés dans les sédiments retenus par la rivière en particulier au niveau des seuils et chaussées : ces nutriments proviennent notamment de l’activité humaine (assainissement domestique et industriel, pertes depuis le parcellaire agricole par érosion ou via le drainage, etc.) ;
  • la stagnation de l’eau : la succession d’ouvrages hydrauliques au travers du cours d’eau sur le bassin favorise un comportement « plans d’eau » des rivières ;
  • une température élevée et un ensoleillement assez important.

 

Quels risques pour l’homme, les animaux domestiques et la faune sauvage ?

Sur la Loire, plusieurs cas ont été évoqués en 2017. Il semble que les chiens aient une appétence particulière pour les dépôts noirâtres qui sont apparus sur les grèves lors de la baisse des eaux en été 2017 (cyanobactéries benthiques et non planctoniques dans ce cas précis).

Certaines espèces de cyanobactéries (environ 200) sont capables de produire des toxines. Plus de 70 toxines sont connues aujourd’hui. Les voies d’exposition sont principalement l’ingestion ou encore le contact cutané tout particulièrement pour l’Homme dans le cas d’activités nautiques. Les maux provoqués en cas de toxines libérées par les cyanobactéries dans l’eau sont variés : vomissements, nausées, douleurs musculaires, gastro-entérites, dermatoses, irritation des voies respiratoires supérieures, maux de têtes, étourdissements, etc. L’inhalation est une autre voie possible d’exposition via les embruns ou l’écume pour les personnes se trouvant à proximité des efflorescences. Les jeunes enfants représentent un public plus particulièrement sensible.

Il est pratiquement impossible de prévoir quelles toxines seront synthétisées ni même quelles quantités seront susceptibles d’être libérées dans l’eau et l’air.

A noter : la bioaccumulation des toxines se fait bien tout le long de la chaîne alimentaire et l'ébullition de l'eau ou la cuisson des poissons contaminés ne détruisent pas les toxines.

 

Y a-t-il des précautions particulières à prendre ?

Pour rappel, la baignade en rivières sur le bassin versant de la Sèvre Nantaise est interdite. Aucune surveillance de la qualité de l’eau n’est assurée par l’Agence Régionale de Santé sur le territoire pour permettre cet usage.

Selon l’Agence Régionale de Santé, les activités nautiques doivent se pratiquer en respectant des mesures de prévention :

  • Éviter tout contact cutané avec l’eau en cas de présence de cyanobactéries ;
  • Prendre une douche soignée après immersion accidentelle ou activité nautique ;
  • Nettoyer soigneusement le matériel après utilisation.
Activités nautiques lors d'efflorescence de cyanobacteries - été 2018
Activités nautiques lors d'efflorescence de cyanobacteries - été 2018

 

Les enfants, plus sensibles et plus susceptibles d’ingérer accidentellement de l’eau ne doivent pas être en contact direct avec l’eau en cas d’efflorescence.

La promenade des animaux dans les zones d'eaux stagnantes souillées ou sur les grèves découvertes doit être évitée : ne pas laisser les animaux se baigner ou boire l'eau dans les zones touchées. Il est donc recommandé de tenir les chiens en laisse. En cas de symptômes ou de comportement inhabituel, il faut consulter un vétérinaire.

 

Conformément à l’instruction technique du Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation *, les recommandations pour la pêche lors de proliférations de cyanobactéries dans les eaux courantes et closes sont les suivantes :

  • Eviscerez et étêtez les poissons pêchés avant consommation ou congélation pour limiter l’exposition aux cyanotoxines ;
  • Limitez la consommation des petits poissons et des poissons phytoplanctonivores (ex: carpe, gardon, rotengle,vandoise, etc.) qui concentreraient davantage les cyanotoxines ;
  • Limiter la consommation des poissons de certains cours d'eau (en temps de crise, voire en tout temps, dans le cas des cours d'eau où ces phénomènes sont récurrents ) ;
  • Absence de recommandations en cas de "No Kill".
*instruction DGAL/SDSSA/2018-624 du 21/08/2018

En cas de mortalité importante de poissons ou d’oiseaux par exemple, il est important de le signaler aux services de la Direction Départementale du Territoire (et de la Mer) (DDT(M)).

En cas de symptômes anormaux après une activité nautique ou une immersion accidentelle, consultez votre médecin ou les services d’urgence (112) et prévenez votre mairie.

 

Comment limiter le développement des cyanobactéries dans nos rivières et retenues ?

Deux leviers d'actions possibles :

  1. Réduire les intrants favorisant ces phénomènes (phosphore, azote)
  2. Limiter les conditions de réchauffement de l’eau.

Dans le cadre de la mise en œuvre du SAGE Sèvre Nantaise, plusieurs types d’actions qui visent la restauration du bon état des eaux, peuvent ainsi contribuer à la réduction du développement des cyanobactéries :

  • l’accompagnement des exploitants agricoles dans des systèmes plus économes en intrants ;
  • la lutte contre le transfert du phosphore vers les cours d’eau au travers d’actions d’aménagement de l’espace : création de zones humides tampon, restauration des petits cours d’eau de tête de bassin versant, plantations de haies en rupture de pente, ripisylve en bordure de cours d’eau, etc ;
  • la diversification des écoulements et le retour à des eaux plus courantes en hautes eaux et en basses eaux ;
  • l’identification et l’intervention sur les systèmes d’assainissement impactant la qualité des eaux.

L’ensemble de ces actions font l’objet de programmes pluriannuels d’intervention portés selon les secteurs du territoire par l’EPTB Sèvre Nantaise, l’Agglomération du Chôletais dans le cadre de sa compétence eau potable sur les lacs de Ribou-Verdon et Vendée Eau dans le cadre de sa compétence eau potable sur la Bultière. Concernant l’assainissement, ce sont les collectivités qui sont compétentes localement.

Ces actions sont soutenues financièrement en tout ou partie par l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, les Régions Pays de la Loire et Nouvelle Aquitaine et le Département de Vendée.

 

Peut-on retirer/supprimer ces cyanobactéries dans nos rivières et retenues ?

Utiliser des produits chimiques tels que des herbicides est interdit : ces produits nuisent fortement à l’environnement et à la santé humaine et ne résolvent pas les causes du développement des cyanobactéries.

Les cyanobactéries ne peuvent pas être raisonnablement et efficacement retirées de manière mécanique dans nos rivières et grands plans d’eau : leur prolifération se fait sur de grandes surfaces en eau et de plus sur la colonne d’eau ce qui signifie qu’elles sont présentes sur une certaine profondeur et parfois très difficilement visibles dans ces conditions.

Un traitement basé sur un dosage faiblement concentré de peroxyde d’hydrogène a été récemment testé sur un plan d’eau de baignade pour lutter spécifiquement contre ces cyanobactéries tout en préservant la faune et la flore présentes. Ce type de traitement demande des autorisations spéciales avec des coûts importants et ne peut être envisagé à d’aussi larges échelles que des tronçons de rivière ou de très grands plans d’eau.

 

Que fait l'EPTB Sèvre Nantaise ?

Sur la problématique des cyanobactéries l’EPTB Sèvre Nantaise a un rôle d’information et de sensibilisation du grand public, des élus, des associations environnementales, des acteurs économiques liés aux activités nautiques, des pêcheurs, agriculteurs, etc.

L’EPTB travaille indirectement sur la réduction de ces phénomènes en portant notamment des actions visant la réduction des transferts de phosphore et de nitrates et la continuité sédimentaire et piscicole permettant de réduire l’effet « plans d’eau » successifs sur certains tronçons de rivière.

En 2019, l’EPTB a porté un suivi expérimental et environnemental sur la Sèvre Nantaise en aval de Clisson et la Moine afin d’améliorer les connaissances sur les cyanobactéries présentes en rivières. Une campagne de mesures de juin à septembre 2019 a permis de mieux connaître les espèces de cyanobactéries présentes sur certains points de ces rivières. Des mesures de toxines ont été réalisées ponctuellement pour constater leur éventuelle présence.

Pour rappel, l’EPTB n’est pas un service de police de l’eau et ne définit donc pas les mesures de prévention et d’interdiction d’usages sur le territoire. Cette mission revient à l’État et notamment dans ce cas précis à l’Agence Régionale de Santé. De plus, la Direction Départementale des Territoires (et de la Mer) dispose du rôle de police de la pêche.

 

Le suivi visuel des cyanobactéries

Un réseau d'observateurs visuels des efflorescences de cyanobactéries a été mis en place de juin à fin septembre 2019. Il s'est appuyé sur l'équipe de l'EPTB Sèvre Nantaise, des clubs de canoë-kayak, des services de collectivités territoriales, des exploitants d'eau potable.

Les informations relatives aux observations se basent uniquement sur du visuel et n'engagent pas la responsabilité des observateurs sur le caractère scientifique de ces éléments. Elles ont pour but d'apporter des éléments de situation en temps réel à l'ensemble des acteurs du bassin versant.

Cliquez ici pour accéder à la carte du suivi visuel des cyanobactéries.

Cette action se poursuit en 2020 !

L'EPTB souhaite densifier son réseau de suivi visuel en recherchant de nouveaux observateurs visuels notamment avec l'appui des Fédérations Départementales de la Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques.

Un suivi qualité "cyano" au cours de l'été 2019

Une campagne de mesures de juin à septembre 2019 a permis de mieux connaître les espèces de cyanobactéries présentes sur certains points de ces rivières. Des mesures de toxines ont été réalisées ponctuellement pour constater leur éventuelle présence.

Les résultats en quelques mots:

  • Le niveau 2 a été atteint uniquement de par le dépassement du seuil de 20 000 cellules toxinogènes par millilitres (2 fois sur la Sèvre Nantaise à Nid d'Oie et 4 fois sur la Moine à Beau Rivage)
  • Les mesures réalisées n'ont pas montré d'impact sanitaire en 2019 
  • A noter que la fréquence et la localisation ponctuelle des mesures ne permettent pas d'affirmer ce dernier point de manière généralisée aux rivières concernées et sur l'ensemble de la période estivale
  • Les espèces identifiées étaient Woronichinia naegeliana (potentiellement toxique), Merismopédia tenuissima et particulièrement Microcystis wesenbergii (potentiellement toxique)

Pour rappel, l’EPTB n’est pas un service de police de l’eau et ne définit donc pas les mesures de prévention et d’interdiction d’usages sur le territoire. Cette mission revient aux élus des collectivités au titre de la police du maire ainsi qu'à l’État et notamment dans ce cas précis à l’Agence Régionale de Santé.

Cependant l'EPTB ont accompagné les collectivités territoriales en 2019 pour apporter des éléments de communication, de sensibilisation mais aussi de connaissance sur cette problématique.

Cliquez ici pour accéder à la carte du suivi de la qualité de l'eau en cyanobactéries.

Cette action se poursuit en 2020 !

L'EPTB missionne des laboratoires indépendants lors de l'été pour assurer de nouvelles mesures de qualité de l'eau en cyanobactéries: la localisation précise des stations suivies en 2020 est accessible au lien suivant : https://www.sevre-nantaise.com/observatoire/cyanobacteries-suivi-qualite

Contacts

Pour toute question environnementale :

Etablissement Public Territorial du Bassin de la Sèvre Nantaise
Moulin de Nid d'Oie, 10bis route de Nid d'Oie
CS 49405 - CLISSON Cedex
02.51.80.09.51

Pour toute question sanitaire :

Agence Régionale de Santé Pays de la Loire
17 boulevard Gaston Doumergue
CS 56233 - 44262 NANTES Cedex 02
02.49.10.40.00

Agence Régionale de Santé Nouvelle-Aquitaine - Délégation départementale des Deux-Sèvres
6 rue de l'Abreuvoir
CS 18537 - 79025 NIORT Cedex
05.49.42.30.50

Contact :

Line FILLONNEAU

Animatrice de bassin versant Moine Sanguèze

Etablissement Public Territorial du Bassin de la Sèvre Nantaise

Moulin de Nid d'Oie 10bis route de Nid d'Oie CS 49405
CLISSON Cedex

02.51.80.09.51

Envoyer un message